L’auteur Michael Ronsky propose dans « Ne parlons plus ni du chien ni du virus » une intrigue fantastique en pleine période de pandémie. « L’idée globale commençait à se dessiner, rien ne pouvait vraiment se passer à Santa-Cruz. C’était un cocon préservé de la gesticulation. Par petites touches, je prenais goût à cette lenteur, sous domination des conditions extérieures ».
Écrit à la première personne, « Ne parlons plus ni du chien ni du virus » semble, à bien des égards, autobiographique. Le protagoniste quitte la grande ville, où il a vécu de nombreuses années, pour s’installer à Sainte-Croix – rebaptisée Santa-Cruz durant tout le roman – dans un chalet isolé. Et les débuts difficiles que connaît le personnage principal reflètent l’expérience qu’a lui-même faite Michael Ronsky en s’établissant dans la région. « C’était un peu le fantasme néo-rural de quitter la ville mais au début j’avais du mal à m’y faire », reconnaît-il. Il faut dire que le contexte n’aide pas : en pleine pandémie, les échanges avec les habitants sont rares, mis à part avec les caissières des supermarchés qu’il ne voit, décrit-il, jamais sans leur masque.
Auteur d’un premier roman, « Gratte-Foutre » (publié chez L’Âge d’homme en 2021 et sélectionné alors pour le Prix du Polar Romand et le prix SPG), Michael Ronsky profite de l’isolement monastique de son nouveau lieu de vie pour écrire. C’est pourtant peu après la fin de la pandémie, alors qu’il se consacre à un autre projet littéraire, que lui vient l’idée de ce roman teinté de surnaturel. « Ce qui m’a frappé, c’est que d’un coup, on ne parlait plus du tout du Covid. Je n’ai rien lu qui évoquait cette époque et de ses conséquences. Après un gros roman plein de tunnels qui m’avait pris beaucoup de temps, j’avais pour ambition de faire court, simple et direct, une sorte de chronique de cette période qui était étrange pour tout le monde », explique-t-il. Le récit offre donc un regard critique sur ces deux années de pandémie, mais aussi sur la société. « Cette parenthèse a pour moi définitivement acté, entre autres choses, ce que les créatures non verbales ont de plus divin et de plus digne que la plupart d’entre nous. »
L’intrigue aurait pu être policière, mais c’est finalement un tour fantastique que prend le roman, le protagoniste découvrant la présence d’un mystérieux animal rôdant aux abords de chez lui…
Lecture fluide , descriptions épurées, chaque interrogation ( ou presque ) de l’auteur trouvera réponse. Une vision nuancée de la période covid, du rapport à la nature, de ce que nous nommons les bêtes. Une exploration de la notion de mystère dans un ère qui prétend tout expliquer, et de ce qui définit le statut d’être humain.




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