Il y a dix ans, on se moquait des millennials qui faisaient du yoga sur Instagram avec des filtres Valencia. Aujourd’hui, leurs petits frères et sœurs de la Gen Z font pire : ils abandonnent carrément les écrans, guidés par la quête de quelque chose de très rare : le sens.
Les chiffres commencent à parler d’eux-mêmes. Selon une étude du Barna Group (2024), 38 % des Américains nés après 1997 disent avoir réduit leur temps d’écran de plus de 50 % au cours des douze derniers mois. Parmi eux, près d’un quart déclarent l’avoir fait pour des raisons explicitement spirituelles. Le Pew Research Center, de son côté, note une hausse de 14 % en cinq ans du nombre de jeunes adultes (18-29 ans) qui se disent « très intéressés » par la religion organisée.
Le phénomène le plus frappant, sous-médiatisé, c’est la petite vague de jeunes femmes américaines qui entrent dans les ordres religieux catholiques ou s’engagent dans de longues retraites en monastère. Elles ne choisissent pas les sœurs missionnaires en Afrique du XXIe siècle, mais les contemplatives. Les carmélites déchaussées du Kentucky, les bénédictines du Wyoming, les clarisses du Texas. Des communautés qui, il y a dix ans, peinaient à recruter des novices nées après 1980, affichent aujourd’hui des listes d’attente. À l’abbaye de Regina Laudis (Connecticut), on compte en 2025 plus de postulantes de moins de 30 ans qu’à n’importe quelle époque depuis les années 1950. Qui sont-elles ? Souvent des filles de la classe moyenne supérieure, diplômées, qui ont grandi avec un smartphone greffé à la main, 3 000 followers, des DM remplis de validation externe, et un incommensurable vide que rien ne vient combler.
Elles ont eu la reconnaissance algorithmique,, les voyages sponsorisés, les relations intechangeables. Puis, vers 25 ans, elles se regardent dans la glace et se demandent : « C’est vraiment tout ? Quel est ce goût au fond de ma bouche ?»
Alors, l’âme au vent, les sensations retrouvées, elles partent. Pas en road-trip avec un van. Elle parlent trouver le silence en clôture, en règle de saint Benoît. Certaines font des « discernment retreats » de six mois, d’autres franchissent le pas et prennent l’habit. Sur X et Instagram, on poste une dernière fois avant de déposer son rectangle de crise existentielle de marque Apple ou Samsung dans un coffre. Une photo en noir et blanc d’une grille de monastère avec la légende « sometimes the loudest place is silence », ou une story d’une jeune femme en jean qui écrit « last coffee before the cloister ».
Le phénomène n’est pas massif, on parle de quelques centaines de vocations par an, mais il est symptomatique. C’est la face cachée de la « Great Resignation » spirituelle. Là où les garçons de la Gen Z se tournent souvent vers la musculation, le stoïcisme, la crypto et Nick Fuentes, les filles, elles, vont ailleurs : elles choisissent l’ascèse radicale, la prière perpétuelle, à la recherche de quelque chose de plus grand.
Pas par nostalgie kitsch du Moyen Âge, mais par épuisement du virtuel. Après avoir vécu l’hyper-connectivité comme une prison dorée, elles désirent à présent l’inverse : une prison volontaire, avec des barreaux réels, pour enfin respirer, entendre leur propre coeur, leurs pensées intimes. Elles se mettent à refuser le féminisme de performance, la girlbossitude, l’empowerment par le sexe et l’écran, éloignant d’elles les mirages périssables. Elles disent non à la liberté liquide pour en choisir une plus aride, plus verticale, exigeante. Elles ne manifestent pas, elles posent la question :
Et si la révolte, aujourd’hui, consistait à écouter le silence pour, peut-être, y déceler les signaux oubliés ?





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